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Plan d'évacuation église : obligations ERP type V 2026

Jules Koehler
19 mai 2026
10 min min de lecture
Plan d'évacuation église : obligations ERP type V 2026

Une église n'est pas un lieu de culte au regard de la sécurité incendie : c'est d'abord un ERP de type V, soumis à un règlement spécifique mais aussi à une exception majeure — l'autorisation du feu nu pendant les offices. L'incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019 a remis brutalement le sujet sur la table, déclenchant le plan cathédrales et une réévaluation systématique des plans d'évacuation des édifices religieux. Ce guide détaille les obligations applicables, la répartition des responsabilités héritée de la loi de 1905, et les adaptations à prévoir pour les mariages, obsèques et publics touristiques.

Statut réglementaire d'une église

Type V : un régime ERP spécifique aux lieux de culte

L'arrêté du 21 avril 1983 modifié, articles V 1 à V 13, classe en ERP de type V les établissements de culte de toutes les confessions : églises catholiques, temples protestants et orthodoxes, synagogues, mosquées, pagodes bouddhistes, salles du Royaume des Témoins de Jéhovah. Le classement vaut dès lors que le bâtiment est ouvert au public, indépendamment de la fréquentation effective. Une chapelle de hameau ouverte deux fois par an pour le pèlerinage local reste un ERP de type V.

Le règlement type V est plus court que les autres types ERP — 13 articles seulement — car il s'articule avec les dispositions générales du livre III (articles GN, CO, AM, MS, DF, EL) et avec les dispositions particulières aux cierges et au feu nu, propres au culte.

Catégorie ERP : la 5ème catégorie est la situation de référence

La catégorie est fixée par l'effectif maximal simultané, calculé selon l'article V 2 :

  • 1 personne par siège pour les édifices à places assises (bancs, chaises)
  • 2 personnes par m² de surface réservée au public pour les édifices à places debout (mosquées, certaines églises orthodoxes)
  • ou par déclaration motivée du maître d'ouvrage validée par la commission de sécurité

Concrètement :

  • 1ère catégorie : plus de 1 500 personnes (Notre-Dame de Paris, Sacré-Cœur, cathédrales de Strasbourg, Reims, Chartres, Saint-Pierre des grandes mosquées)
  • 2ème catégorie : 701 à 1 500 personnes (cathédrales de province, grandes basiliques)
  • 3ème catégorie : 301 à 700 personnes (collégiales, grandes paroissiales urbaines)
  • 4ème catégorie : 300 personnes et moins, hors 5ème
  • 5ème catégorie : moins de 300 personnes (la quasi-totalité des paroissiales rurales et de quartier)

Le seuil de la 5ème catégorie pour le type V est de 300 personnes (et non 200 comme pour la plupart des autres types), conformément à l'article PE 2 du règlement de sécurité 5ème catégorie. Pour comprendre le classement général des ERP, voir notre guide des catégories ERP.

Le régime de la loi de 1905

La loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État a créé une situation singulière pour les églises catholiques antérieures à 1905, soit la quasi-totalité des paroissiales françaises. Le bâtiment est propriété de la commune, qui en assume l'entretien structurel et les gros travaux. L'affectation cultuelle est confiée à l'évêque diocésain et concrètement au curé affectataire, qui dispose d'un droit d'usage exclusif pour le culte.

Cette dualité a des conséquences directes sur la sécurité incendie :

  • la commune est responsable du bâti : issues, désenfumage, électricité, charpente, parafoudre, conformité du système de sécurité incendie (SSI)
  • l'affectataire est responsable de l'usage : organisation des cérémonies, comptage du public, gestion des cierges, formation du sacristain et des bénévoles à l'évacuation
  • les cathédrales construites avant 1905 sont propriété de l'État (article 12 de la loi 1905), gérées par les DRAC pour le bâti et par le diocèse pour le culte
  • les lieux de culte postérieurs à 1905 et les autres cultes relèvent du régime des associations cultuelles propriétaires (loi 1905, art. 19)

En cas de sinistre, la responsabilité pénale (article 121-3 du code pénal) peut être recherchée des deux côtés : du maire pour défaut d'entretien, du curé affectataire pour défaut d'organisation. Le plan d'évacuation et son affichage relèvent en pratique d'un partage : la commune fournit le plan conforme à la norme NF X08-070, l'affectataire l'affiche et le tient à jour selon les évolutions cultuelles (réaménagement du chœur, déplacement du mobilier liturgique).

Spécificités du risque incendie en lieu de culte

La charpente bois et la leçon Notre-Dame

L'incendie de Notre-Dame de Paris du 15 avril 2019 a mis en évidence un risque que la profession connaissait mais dont les paroisses sous-estimaient l'ampleur : la charpente en bois ancien. Sèche, exposée, dépourvue de compartimentage, accessible par des combles fermés à clé et difficilement praticables, elle constitue un volume de combustible considérable. Les charpentes médiévales et XIXe siècle représentent la quasi-totalité du parc français.

Conséquence directe pour le plan d'évacuation : la fenêtre d'évacuation est courte, de l'ordre de 5 à 10 minutes entre la détection d'un feu en charpente et l'effondrement partiel de la voûte. La signalisation doit privilégier les issues les plus directes, et le personnel doit être formé à une évacuation rapide sans temporisation. Voir notre guide de sécurité incendie des immeubles d'habitation pour les principes généraux du compartimentage applicable aux édifices anciens.

L'autorisation du feu nu (article V 11)

L'article V 11 du règlement type V constitue une exception majeure au régime ERP : le feu nu est autorisé pendant les offices. Sont concernés :

  • les cierges sur l'autel et au pied des statues
  • les lumignons en libre-service pour la prière individuelle
  • l'encensoir lors des grandes cérémonies
  • le feu nouveau lors de la veillée pascale (cierge pascal allumé sur un brasero extérieur ou intérieur)

L'article impose des distances de sécurité vis-à-vis des tissus, tentures et matériaux combustibles, et la présence d'un extincteur eau pulvérisée classe A à proximité des zones de feu nu. Le plan d'évacuation doit signaler ces extincteurs spécifiques distincts des extincteurs CO2 ou poudre placés près des tableaux électriques. Pour le détail des classes d'extincteurs et leur signalisation, voir notre guide des extincteurs et de leur placement sur les plans d'évacuation.

Le mobilier liturgique et les tissus

Les bancs en bois ciré ou verni, les confessionnaux, les stalles du chœur, les retables, les chaires constituent une charge calorifique importante. Les tentures de carême, les dais, les ornements liturgiques stockés dans la sacristie ajoutent une charge textile. La sacristie est statistiquement le local d'origine le plus fréquent des sinistres en milieu cultuel (court-circuit dans le local technique, repassage des ornements, chaufferette en hiver).

Le plan d'évacuation doit identifier la sacristie comme un local à risques particuliers au sens de l'article CO 27, et signaler son issue directe sur l'extérieur quand elle existe (la plupart des sacristies du XIXe siècle disposent d'une porte donnant sur le presbytère ou le jardin).

Ce que le plan d'évacuation d'une église doit faire apparaître

Le tronc commun NF X08-070

La norme NF X08-070 (2013) impose un contenu standard applicable au type V :

ÉlémentPrésence sur le plan
Vue en plan, orientation correcteObligatoire
Position du "Vous êtes ici"Obligatoire
Itinéraires d'évacuation (flèches vertes)Obligatoire
Issues de secours (pictogramme ISO 7010 E001/E002)Obligatoire
Point de rassemblement extérieurObligatoire
Extincteurs (pictogramme rouge F001)Obligatoire
Déclencheur manuel d'alarmeObligatoire
Légende et titreObligatoire
Date d'établissement et de mise à jourObligatoire

Les pictogrammes utilisés sont ceux de la norme ISO 7010, identique pour tous les ERP.

Les spécificités église à intégrer

Au-delà du tronc commun, un plan d'évacuation d'église gagne à signaler :

  • les issues latérales du transept, souvent fermées entre les offices et déverrouillées uniquement lors des cérémonies importantes — le plan doit en faire mention explicite et l'affichage des consignes doit rappeler leur déverrouillage avant tout office de plus de 100 personnes
  • les escaliers d'accès à la tribune d'orgue et au clocher, généralement réservés au personnel et non utilisables pour l'évacuation du public
  • les chapelles latérales et les bas-côtés, dont les cheminements doivent rejoindre les flèches d'évacuation de la nef centrale
  • la sacristie et le local technique identifiés comme locaux à risques particuliers
  • les extincteurs eau pulvérisée dédiés aux zones de feu nu (autel, statues, présentoirs à cierges)
  • le tableau électrique général et l'arrêt d'urgence de la sonorisation

Les places réservées PMR

L'accessibilité PMR des églises est un sujet sensible : les édifices anciens disposent rarement de rampes d'accès aux nefs surélevées, les marches d'accès au chœur restent un obstacle pour la communion en fauteuil, et les confessionnaux ne sont presque jamais accessibles. Pour autant, l'arrêté du 20 avril 2017 sur l'accessibilité des ERP impose des places réservées dans la zone d'accueil. Ces places doivent être positionnées à proximité immédiate d'une issue, et le plan d'évacuation doit indiquer leur emplacement. Pour les obligations d'évacuation des personnes à mobilité réduite, voir notre guide complet sur l'évacuation PMR en ERP.

Organisation de l'évacuation pendant les cérémonies

Le célébrant et le guide-file

Pendant un office, le célébrant dispose de l'autorité morale pour interrompre la cérémonie et déclencher l'évacuation. C'est lui qui annonce depuis l'autel, micro en main, l'évacuation et la direction des issues. Mais le célébrant n'est pas un guide-file au sens de l'article R.4227-37 : il ne peut pas à la fois annoncer et accompagner physiquement le public. Le rôle de guide-file doit être confié explicitement au sacristain, à un diacre permanent, ou à un responsable laïc identifié et formé.

Pour les paroisses qui n'ont pas de sacristain à temps plein, la solution pragmatique est de désigner deux ou trois bénévoles formés parmi les paroissiens réguliers, identifiables par un badge ou un brassard, présents à chaque office important. Cette organisation doit figurer dans les consignes incendie affichées dans la sacristie.

Mariages, obsèques, baptêmes : trois publics atypiques

Les mariages rassemblent une assistance majoritairement extérieure à la paroisse, qui ignore l'implantation des issues. Le rituel introduit des spécificités : cortège d'entrée, échange des consentements devant l'autel, signature des registres dans la sacristie. Pendant la signature, l'assistance reste seule dans la nef sans repère du célébrant — un déclenchement d'alarme à cet instant crée un risque de bousculade. Le plan d'évacuation doit être commenté brièvement au début de la cérémonie quand l'assistance dépasse 200 personnes.

Les obsèques présentent un profil émotionnellement vulnérable (proches endeuillés, personnes âgées du défunt) et une logistique particulière : le corbillard stationné devant le portail principal peut obstruer l'issue principale. Le plan doit signaler des issues secondaires libres et l'organisation prévoir un agent des pompes funèbres responsable de déplacer le véhicule si nécessaire.

Les baptêmes, généralement célébrés en collectif le samedi après-midi, concentrent des nourrissons et de jeunes enfants. L'évacuation doit prévoir des cheminements compatibles avec les poussettes et l'identification rapide des parents au point de rassemblement.

Le tourisme et les groupes étrangers

Les cathédrales touristiques (Notre-Dame, Reims, Strasbourg, Chartres, Albi, Le Mont-Saint-Michel) accueillent un flux continu hors offices, majoritairement étranger, ne maîtrisant ni le français ni la signalétique culturelle. Le plan d'évacuation doit privilégier les pictogrammes universels ISO 7010 et un message d'alarme multilingue (français, anglais, espagnol, allemand, italien, mandarin pour les cathédrales très touristiques). L'article V 7 impose un dispositif d'alarme audible dans toute l'église, ce qui suppose une sonorisation dimensionnée pour la hauteur de voûte (réverbération forte).

Articulation avec le plan cathédrales et le PSBC

Le plan cathédrales (2019)

Après l'incendie de Notre-Dame, le ministère de la Culture et le ministère de l'Intérieur ont lancé en 2019 le plan cathédrales : audit systématique des 87 cathédrales propriété de l'État, renforcement des installations de détection automatique d'incendie en charpente, déploiement de brouillard d'eau en combles, mise à jour des plans d'urgence en coordination avec les SDIS. Le plan cathédrales a aussi imposé un exercice d'évacuation annuel dans chaque cathédrale, avec scénario d'incendie en charpente.

Ce dispositif ne concerne directement que les cathédrales propriété de l'État, mais la doctrine s'est diffusée par mimétisme aux grandes basiliques diocésaines et aux églises monumentales classées Monument Historique.

Le Plan de Sauvegarde des Biens Culturels (PSBC)

Pour les églises abritant des œuvres classées Monument Historique ou inscrites à l'inventaire (statuaire, peintures, retables, tableaux, orfèvrerie liturgique, vitraux), un Plan de Sauvegarde des Biens Culturels (PSBC) est recommandé par la Direction Générale des Patrimoines. Sa logique est la même que pour les musées : cartographier les œuvres prioritaires, identifier les sorties de repli, pré-positionner le matériel de manutention, former une cellule sauvegarde. La doctrine personnes d'abord s'applique sans exception : aucune intervention sur les œuvres n'est légitime avant la levée de doute par les sapeurs-pompiers et sous coordination du Commandant des Opérations de Secours.

En résumé

  • Une église est un ERP de type V (établissements de culte), généralement de 5ème catégorie pour les paroissiales (seuil 300 personnes), de 1ère à 3ème catégorie pour les cathédrales et grandes basiliques.
  • La répartition des responsabilités est duale et héritée de la loi du 9 décembre 1905 : la commune est propriétaire et responsable du bâti, l'affectataire (curé, évêque) est responsable de l'usage cultuel. Les cathédrales relèvent de l'État.
  • Le risque incendie est élevé : charpente bois ancienne, autorisation du feu nu (article V 11), mobilier liturgique combustible, sacristie statistiquement à l'origine de la plupart des sinistres. La leçon Notre-Dame (avril 2019) impose une évacuation rapide.
  • Le plan d'évacuation suit la norme NF X08-070 et utilise les pictogrammes ISO 7010 en signalant les spécificités : issues latérales du transept, sacristie, extincteurs eau pulvérisée près des cierges, places PMR.
  • L'organisation pendant les cérémonies atypiques (mariages, obsèques, baptêmes, tourisme étranger) exige un guide-file identifié distinct du célébrant, des issues secondaires déverrouillées et une signalétique multilingue pour les cathédrales touristiques.

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Questions fréquentes

Jules Koehler

Co-fondateur & CEO de Fabrik

Jules Koehler est co-fondateur et CEO de Fabrik, le logiciel SaaS français de création de plans d'évacuation conformes ISO 23601 et NF X08-070. Il accompagne les professionnels de la sécurité incendie à se mettre en conformité rapidement.

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